Description
On est parfois tenté de se demander si les Frères Lumière sont bien nés en France, ou même s’ils ont existé. En effet, à entendre parler les hommes de cinéma, on pourrait croire qu’il s’agit d’un domaine où il n’est d’autre vocabulaire qu’anglo-saxon.
Passe encore, à la rigueur, quand il s’agit de nommer des genres aussi américains que le « Thriller » ou le « Western »… Mais cette invasion linguistique est beaucoup plus générale, et gagne le vocabulaire professionnel le plus quotidien : ce ne sont que travellings, rushes, spots, claps, script-girls, cameramen, etc. pour ne rien dire des termes qui n’évitent le français que pour proposer des vocables n’ayant pas la moindre existence en anglais, à l’instar du fameux « tennisman » qui ne s’est jamais rencontré que chez nous, les Anglais lui préférant « tennis player ».
Le grand mérite de l’ouvrage de Madame Guitta Pessis est de venir nous rappeler que ces emprunts maladroits à la langue anglaise sont d’abord sans objet et constituent des solutions de paresse. Presque toujours le terme équivalent existe dans notre langue et peut se traduire aisément. Mme Pessis en fournit la démonstration pour plus de six mille exemples, ce qui paraît à peine croyable, et on ne sait ce qu’il faut admirer le plus de son ingéniosité ou de sa rigueur scrupuleuse.
Elle a su se jouer des expressions ou des termes techniques les plus rébarbatifs et proposer chaque fois la solution élégante. Ainsi dorénavant, nous n’aurons plus d’excuse. La preuve vient d’être faite qu’il est possible de parler du cinéma, sous tous ses aspects sans exception, en employant uniquement la langue natale des inventeurs du « cinématographe » — autrement dit, en version originale.
